Troubles vestibulaires post-COVID : état des connaissances et rééducation

La pandémie a laissé des traces inattendues. Au-delà de la fatigue et du brouillard mental bien documentés du COVID long, de nombreux patients rapportent des troubles vestibulaires persistants : vertiges, instabilité, sensibilité accrue au mouvement. Ces symptômes, initialement peu reconnus, font désormais l’objet d’une attention croissante de la communauté médicale.

Comment le virus affecte l’équilibre

Les mécanismes restent partiellement élucidés, mais plusieurs hypothèses coexistent. Le SARS-CoV-2 pourrait infecter directement les cellules de l’oreille interne : des récepteurs ACE2, porte d’entrée du virus, ont été identifiés dans le labyrinthe [1]. L’inflammation systémique déclenchée par l’infection pourrait également atteindre le nerf vestibulaire. Le virus ou la réponse immunitaire pourraient aussi perturber les circuits cérébraux d’intégration de l’équilibre.

Le système vestibulaire est irrigué par des vaisseaux sanguins très fins. Une inflammation, même légère, peut suffire à perturber l’apport sanguin vers l’oreille interne et altérer son fonctionnement. Le nerf vestibulaire, qui transmet les informations d’équilibre au cerveau, peut aussi être touché par la réponse inflammatoire générale que déclenche le virus dans l’organisme.

L’infection provoque chez certains patients une réaction auto-immune, c’est-à-dire que le système immunitaire, en combattant le virus, s’attaque aussi à des tissus sains. Les structures de l’oreille interne, très délicates, peuvent être affectées par ce phénomène.

Une observation clinique mérite attention : le VPPB semble particulièrement fréquent après une infection COVID [2]. Les cristaux de l’oreille interne se détachent-ils plus facilement dans ce contexte inflammatoire ? L’alitement prolongé pendant la phase aiguë joue-t-il un rôle ? Les études en cours tenteront de répondre.

Les symptômes vestibulaires du COVID long

Les patients décrivent des symptômes variés, qui ne se limitent pas au vertige rotatoire classique. L’instabilité permanente est l’une des plaintes les plus fréquentes : une sensation de tangage ou de flottement, comme si le sol n’était pas tout à fait stable sous les pieds. Certains ressentent une sensibilité accrue aux mouvements, que ce soit les leurs ou ceux de l’environnement. Faire ses courses dans un supermarché aux néons agressifs, scroller sur un téléphone, regarder un film avec des mouvements de caméra rapides : tout cela peut déclencher un malaise.

Le brouillard cérébral, très fréquent dans le COVID long, aggrave souvent ces symptômes vestibulaires. Quand le cerveau peine à traiter les informations, il gère moins bien les signaux d’équilibre. La fatigue cognitive et la fatigue vestibulaire se nourrissent mutuellement et créent un cercle difficile à rompre.

Des maux de tête, des acouphènes (bourdonnements d’oreille) et une sensation de plénitude dans l’oreille accompagnent parfois le tableau. Chaque patient présente une combinaison différente de ces symptômes, ce qui rend la prise en charge très individualisée.

L’évolution dans le temps

La majorité des patients constatent une amélioration progressive de leurs symptômes vestibulaires. Chez certains, les vertiges disparaissent en quelques semaines après l’infection. Chez d’autres, l’amélioration est plus lente et s’étale sur plusieurs mois.

Le parcours n’est pas toujours linéaire. Il y a des bons jours et des mauvais jours, des périodes de progrès suivies de rechutes temporaires. Cette fluctuation est déconcertante, mais elle est caractéristique du COVID long en général. Elle ne signifie pas que la récupération a échoué. Le cerveau possède une capacité importante à compenser un déficit vestibulaire, et cette compensation se met en place progressivement, même si elle prend du temps.

Le défi du COVID long

La rééducation vestibulaire post-COVID pose des défis spécifiques. La fatigue caractéristique du COVID long limite la tolérance aux exercices. Le malaise post-effort, cette aggravation des symptômes 24 à 48 heures après un effort, peut survenir même après une séance de rééducation modérée. Les symptômes fluctuent d’un jour à l’autre de façon imprévisible.

Le kinésithérapeute vestibulaire doit adapter son approche à cette réalité. Des séances plus courtes, une progression plus prudente, une écoute attentive des signaux du corps. L’objectif reste le même (stimuler la compensation, réduire les symptômes) mais le chemin pour y arriver demande plus de patience et de flexibilité.

Concrètement, la rééducation commence souvent par des exercices très doux de stabilisation du regard : fixer un point tout en tournant lentement la tête, par exemple. L’intensité augmente au fil des semaines, en respectant toujours le seuil de tolérance du patient. Si une séance provoque un malaise post-effort le lendemain, le kinésithérapeute réduit l’intensité à la séance suivante. C’est un travail d’ajustement permanent.

Des exercices d’habituation sont aussi proposés pour réduire la sensibilité au mouvement. On expose progressivement le patient aux situations qui déclenchent ses symptômes, à des doses supportables, pour que le cerveau apprenne à mieux les tolérer.

Des résultats concrets

Malgré ces difficultés, la rééducation vestibulaire apporte des bénéfices aux patients souffrant de séquelles vestibulaires post-COVID. Le traitement du VPPB, quand il est présent, offre souvent un soulagement rapide. Les exercices d’habituation et de stabilisation du regard améliorent progressivement les autres symptômes.

Quand consulter

Si vous présentez des troubles de l’équilibre persistants après un COVID, même plusieurs mois après l’infection, une consultation auprès d’un kinésithérapeute vestibulaire reste pertinente. N’attendez pas que les symptômes passent d’eux-mêmes si vous constatez qu’ils ne s’améliorent pas spontanément après quelques semaines.

Consultez plus rapidement si les vertiges sont intenses ou rotatoires, si vous avez des chutes ou des pertes d’équilibre franches, si une perte auditive s’installe, ou si vos symptômes vous empêchent de travailler ou de mener vos activités habituelles. Votre médecin traitant pourra vous orienter vers un ORL pour un bilan complet, puis vers un kinésithérapeute vestibulaire pour la rééducation.

Des améliorations sont possibles, à condition d’adapter la prise en charge au contexte particulier du COVID long.

Pour aller plus loin

⚠️ Avertissement important

Cette information est purement éducative et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Seul un examen clinique réalisé en présence d’un professionnel de santé permet d’établir un diagnostic précis et de proposer une prise en charge adaptée à votre situation personnelle. Ne modifiez jamais votre traitement sans avis médical.

Note importante : Ce site propose des informations éducatives rédigées par un kinésithérapeute spécialisé. Elles ne constituent pas un diagnostic ni un traitement. En cas de vertiges brutaux, de perte auditive soudaine ou de signes neurologiques (troubles de la parole, paralysie), appelez le 15 (SAMU) immédiatement.

Références Bibliographiques:

[1] Jafari Z, et al. Hearing loss, tinnitus, and dizziness in COVID-19: a systematic review and meta-analysis. Can J Neurol Sci. 2022;49(2):184-195. DOI

[2] Malayala SV, Raza A. A case of COVID-19-induced vestibular neuritis. Cureus. 2020;12(6):e8918. DOI

Les informations présentées dans cet article ont un but purement éducatif et informatif. Elles ne constituent ni un avis médical, ni une consultation, ni une prescription. Elles ne se substituent en aucun cas à une consultation auprès d'un professionnel de santé qualifié. Chaque situation médicale est unique et nécessite un examen clinique approprié. Toute décision concernant votre santé doit être prise en concertation avec votre médecin traitant.