Beaucoup de patients arrivent en consultation persuadés que leurs vertiges viennent de leurs cervicales. Parfois, un professionnel de santé a même renforcé cette idée. Pourtant, la réalité est souvent différente. Le VPPB et les problèmes cervicaux sont deux pathologies distinctes, et les confondre peut retarder une prise en charge efficace.
Le mythe des vertiges cervicaux
L'idée que les cervicales puissent provoquer des vertiges est très répandue. Elle semble logique : le cou est proche de l'oreille, les muscles cervicaux sont souvent tendus, et les douleurs cervicales sont fréquentes. Pourtant, la réalité scientifique est plus nuancée.
Le « vertige cervicogénique » existe dans la littérature médicale, mais son existence même fait débat parmi les experts [1]. Ce concept repose sur l'idée que des informations erronées provenant des muscles et articulations du cou pourraient perturber l'équilibre. Cependant, les critères diagnostiques ne font pas consensus, et il n'existe pas de test fiable pour confirmer ce diagnostic.
En revanche, le VPPB a des critères diagnostiques précis et validés. Le test de Dix-Hallpike permet de déclencher le vertige caractéristique et d'observer le nystagmus (mouvement involontaire des yeux) qui confirme le diagnostic de manière objective [2].
Comment le kinésithérapeute vestibulaire fait la distinction
Les kinésithérapeutes vestibulaires sont formés pour différencier ces deux situations grâce à un examen clinique rigoureux. Cette distinction est essentielle car les traitements sont totalement différents.
Le VPPB typique présente des caractéristiques très spécifiques : les vertiges sont brefs (quelques secondes à une minute maximum), déclenchés par des changements de position de la tête bien précis (se coucher, se tourner dans le lit, regarder en haut), et toujours accompagnés d'un nystagmus caractéristique lors des tests.
Les sensations liées aux tensions cervicales sont généralement différentes : plutôt une instabilité qu'un vrai vertige rotatoire, souvent associée à des douleurs ou raideurs du cou, et sans nystagmus lors des tests positionnels. Ces symptômes peuvent durer plus longtemps et sont moins liés à des positions spécifiques.
Peut-on avoir les deux ?
Oui, c'est tout à fait possible. Les tensions cervicales peuvent coexister avec un VPPB — mais l'un ne cause pas l'autre. Ce sont deux problèmes distincts qui nécessitent chacun une prise en charge appropriée.
Certains patients développent des tensions cervicales secondaires à leur VPPB : à force d'éviter les mouvements qui déclenchent les vertiges, ils maintiennent leur cou dans des positions figées, ce qui génère des contractures musculaires. Dans ce cas, traiter le VPPB permet souvent de réduire également les tensions cervicales.
Les kinésithérapeutes vestibulaires possèdent les compétences pour évaluer ces deux composantes et proposer une prise en charge globale si nécessaire.
Pourquoi cette confusion est-elle si fréquente ?
Plusieurs facteurs expliquent cette confusion répandue. D'abord, la proximité anatomique : le cou est proche de l'oreille interne, ce qui peut donner l'impression d'un lien de cause à effet. Ensuite, l'arthrose cervicale est très fréquente après 50 ans — tout comme le VPPB. Trouver de l'arthrose sur une radio ne signifie pas qu'elle est responsable des vertiges.
De plus, le terme « vertige » est souvent utilisé de manière imprécise. Un vrai vertige rotatoire (sensation que l'environnement tourne) est différent d'une sensation d'instabilité ou d'étourdissement. Ces distinctions sont importantes pour orienter le diagnostic.
L'importance d'un bilan vestibulaire
Face à des vertiges, un bilan vestibulaire réalisé par un kinésithérapeute vestibulaire permet de clarifier la situation. Ce bilan comprend différents tests cliniques qui évaluent le fonctionnement du système vestibulaire et recherchent les signes caractéristiques du VPPB.
Si le VPPB est confirmé, les manœuvres de repositionnement sont le traitement de choix. Elles sont efficaces dans 80 à 90% des cas dès les premières séances [3]. Si les vertiges persistent malgré des manœuvres bien réalisées, d'autres causes peuvent être recherchées.
Ne restez pas avec des vertiges non diagnostiqués en supposant qu'ils viennent de vos cervicales. Un diagnostic précis est la première étape vers une prise en charge efficace. Les kinésithérapeutes vestibulaires sont formés pour vous accompagner dans cette démarche.
Pour aller plus loin
Vous souhaitez en savoir plus sur le VPPB et sa prise en charge ? Consultez nos articles dédiés :
- VPPB : les 10 questions que vous vous posez vraiment
- VPPB : les signes qui doivent vous alerter
- Manœuvre d'Epley : ce qu'il faut savoir
- VPPB, stress et anxiété : démêler le vrai du faux
Note importante : Ce site propose des informations éducatives rédigées par un kinésithérapeute spécialisé. Elles ne constituent pas un diagnostic ni un traitement. En cas de vertiges brutaux, de perte auditive soudaine ou de signes neurologiques (troubles de la parole, paralysie), appelez le 15 (SAMU) immédiatement.

