Léa, 7 ans, refuse de monter sur la balançoire. Elle a mal au cœur en voiture. Elle tombe plus souvent que ses camarades. Ses parents pensent qu’elle est simplement maladroite ou peureuse. Personne n’a encore envisagé que son oreille interne pourrait être en cause.
Les troubles vestibulaires de l’enfant sont probablement sous-diagnostiqués. Les travaux du Dr Sharon Cushing à Toronto ont révélé que plus d’un tiers des enfants avec surdité neurosensorielle présentent une dysfonction vestibulaire associée [1]. Mais même chez les enfants entendants, ces troubles existent. Contrairement aux adultes, les enfants verbalisent rarement leurs sensations de vertige. Ils ne disent pas « j’ai la tête qui tourne ». Ils refusent certaines activités, développent des stratégies d’évitement, présentent un retard moteur inexpliqué.
Les signaux d’alerte
Un enfant dont le système vestibulaire fonctionne mal ne se plaint pas nécessairement. Les parents peuvent repérer certains indices : une maladresse persistante, des chutes fréquentes, un refus systématique des manèges et balançoires, un mal des transports sévère dès le plus jeune âge. À l’école, la fatigue et les difficultés de concentration peuvent témoigner de l’effort constant fourni pour maintenir l’équilibre.
Le vertige paroxystique bénin de l’enfance, distinct du VPPB de l’adulte, est une cause fréquente. Ces épisodes brefs de vertiges, souvent accompagnés de pâleur et parfois de vomissements, sont considérés comme des équivalents migraineux [2]. Ils disparaissent généralement à l’adolescence, parfois remplacés par des migraines classiques.
D’autres signes moins évidents
Certains indices passent inaperçus parce qu’on ne les associe pas à l’oreille interne. Un enfant qui a du mal à faire du vélo à l’âge où ses camarades y arrivent sans problème. Un enfant qui évite les jeux de cour impliquant des mouvements rapides de la tête, comme les courses-poursuites ou les roulades. Un enfant qui se tient toujours près d’un mur ou d’un meuble quand il est debout, comme pour se rassurer.
Le mal des transports mérite une attention particulière. Beaucoup d’enfants ont mal au cœur en voiture, et dans la majorité des cas, c’est bénin. Mais un mal des transports très précoce (dès l’âge de 2 ou 3 ans), particulièrement intense, ou qui ne s’atténue pas en grandissant, peut refléter un dysfonctionnement vestibulaire. Il traduit un conflit entre les informations visuelles et les informations envoyées par l’oreille interne, et ce conflit est amplifié quand le système vestibulaire ne fonctionne pas correctement.
Le retard moteur est un autre signal à surveiller. Un enfant qui marche tard, qui met longtemps à acquérir les étapes motrices classiques, qui reste prudent dans ses mouvements. Le système vestibulaire joue un rôle dans le développement moteur de l’enfant. Quand il est défaillant, l’enfant compense en étant plus lent, plus prudent, plus dépendant de sa vue et du toucher pour se repérer dans l’espace.
Comment en parler au pédiatre
Évoquer un problème vestibulaire chez un enfant n’est pas toujours simple. Les pédiatres ne pensent pas systématiquement à l’oreille interne quand un enfant est maladroit ou a le mal des transports. C’est normal : ces troubles restent mal connus en pédiatrie générale.
Pour faciliter la discussion, préparez une liste concrète des comportements qui vous interrogent. Depuis quand votre enfant tombe-t-il souvent ? Refuse-t-il certains jeux ? A-t-il du mal en voiture ? Décrivez ce que vous observez sans chercher à poser un diagnostic vous-même. Les faits concrets parlent mieux que les hypothèses.
Si votre pédiatre n’est pas familier avec les troubles vestibulaires de l’enfant, une consultation ORL peut être une bonne étape intermédiaire. L’ORL peut réaliser des tests auditifs et vestibulaires adaptés à l’âge de votre enfant, et vous orienter ensuite vers un kinésithérapeute vestibulaire si c’est nécessaire.
La rééducation version enfant
Le kinésithérapeute vestibulaire qui travaille avec les enfants adapte complètement son approche. Les exercices deviennent des jeux. Les séances sont plus courtes, respectant la capacité d’attention limitée des plus jeunes. Les parents sont impliqués pour reproduire les exercices à la maison sous forme d’activités ludiques.
Concrètement, à quoi ressemble une séance ? Un enfant de 5 ans ne va pas s’asseoir sur une chaise et suivre des instructions pendant 45 minutes. Le kinésithérapeute utilise des jeux d’équilibre : marcher sur une poutre basse, lancer un ballon en se tenant sur un coussin instable, suivre une cible des yeux en bougeant la tête. Pour les plus petits, les parcours de motricité transforment la rééducation en aventure. L’enfant ne sait même pas qu’il fait des exercices. Il joue, et pendant qu’il joue, son cerveau apprend à mieux utiliser les informations de son oreille interne.
Les séances durent généralement entre 20 et 30 minutes pour les plus jeunes, et peuvent aller jusqu’à 40 minutes pour les plus grands. Le rythme est souvent d’une séance par semaine, avec des exercices à faire à la maison entre les rendez-vous. Ces exercices maison prennent la forme de jeux quotidiens : se tenir sur un pied en se brossant les dents, jouer au ballon en tournant la tête, marcher en équilibre sur une ligne tracée au sol.
Un message pour les parents
L’atout majeur de l’enfant reste sa plasticité cérébrale. Le cerveau en développement compense bien plus vite et plus complètement que celui de l’adulte. Avec une prise en charge adaptée, la majorité des enfants récupèrent très bien et mènent ensuite une vie normale, sport compris.
En tant que parent, il est naturel de s’inquiéter quand on entend parler d’un problème d’oreille interne chez son enfant. Mais les troubles vestibulaires de l’enfant sont dans la grande majorité des cas très bien pris en charge. Le vertige paroxystique bénin de l’enfance disparaît spontanément avec la croissance. Les déficits vestibulaires liés à une atteinte de l’oreille interne se compensent remarquablement bien grâce à la rééducation et à la capacité d’adaptation du jeune cerveau.
Votre rôle de parent est aussi de rassurer votre enfant. Un enfant qui se sait maladroit peut perdre confiance en lui, éviter les activités physiques, se replier. Lui expliquer avec des mots simples que son oreille interne a besoin d’un peu d’aide, et que les exercices vont l’aider à mieux tenir en équilibre, suffit souvent à le remobiliser.
Si vous suspectez un problème d’équilibre chez votre enfant, consultez. Un kinésithérapeute vestibulaire expérimenté avec les enfants saura évaluer la situation et proposer une rééducation adaptée à son âge.
Pour aller plus loin
- Le système vestibulaire et l’oreille interne
- La première séance de rééducation vestibulaire
- Trouver un kinésithérapeute vestibulaire en France
⚠️ Avertissement important
Cette information est purement éducative et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Seul un examen clinique réalisé en présence d’un professionnel de santé permet d’établir un diagnostic précis et de proposer une prise en charge adaptée à votre situation personnelle. Ne modifiez jamais votre traitement sans avis médical.
Note importante : Ce site propose des informations éducatives rédigées par un kinésithérapeute spécialisé. Elles ne constituent pas un diagnostic ni un traitement. En cas de vertiges brutaux, de perte auditive soudaine ou de signes neurologiques (troubles de la parole, paralysie), appelez le 15 (SAMU) immédiatement.

