ORL, neurologue, kinésithérapeute, orthoptiste, psychologue… Face à des vertiges, vous pouvez croiser de nombreux professionnels. Leurs rôles se complètent mais peuvent sembler confus. Voici ce que fait chacun, et comment ils travaillent ensemble pour vous aider.
L’ORL vestibulaire : le diagnostic médical
L’oto-rhino-laryngologiste est le médecin de l’oreille, donc du système vestibulaire périphérique. C’est lui qui pose le diagnostic de VPPB, de névrite vestibulaire, de maladie de Ménière. Il réalise l’examen clinique vestibulaire, prescrit les tests instrumentaux (vidéonystagmographie, VEMP), traite les VPPB par manœuvres libératoires. ORL et kinésithérapeute vestibulaire travaillent en complémentarité, chacun pouvant orienter vers l’autre selon la situation clinique [1].
Certains ORL sont surspécialisés en otoneurologie. Ils se consacrent exclusivement aux pathologies de l’équilibre et de l’audition, et disposent de plateaux techniques plus complets. Si vos vertiges résistent au premier bilan ou que le diagnostic reste incertain, c’est vers ce type de spécialiste qu’il faut se tourner.
Le neurologue : quand c’est central
Le neurologue intervient si l’atteinte touche le cerveau plutôt que l’oreille interne : AVC du tronc cérébral, sclérose en plaques, migraine vestibulaire. Il prescrit l’IRM cérébrale quand elle est indiquée. Dans les cas complexes, ORL et neurologue collaborent pour affiner le diagnostic.
La migraine vestibulaire illustre bien cette collaboration. Le diagnostic repose sur des critères cliniques établis par la Société Bárány et l’International Headache Society. Ni l’ORL ni le neurologue seul ne peut toujours trancher. C’est souvent leur échange qui permet de poser le diagnostic et d’adapter le traitement.
Le kinésithérapeute vestibulaire : l’évaluation fonctionnelle et la rééducation
Découvrez les principes de la kinésithérapie vestibulaire. Le kinésithérapeute vestibulaire réalise un bilan vestibulaire complet (vHIT, tests sur fauteuil rotatoire, évaluation clinique du nystagmus, tests d’équilibre) et prend en charge la rééducation. Son rôle n’est pas de diagnostiquer mais de faire récupérer : stimuler la compensation cérébrale, réduire les symptômes, restaurer les capacités fonctionnelles [2]. C’est souvent le professionnel que vous verrez le plus régulièrement, à raison de plusieurs séances échelonnées.
Le kinésithérapeute vestibulaire réalise aussi un bilan fonctionnel qui complète le bilan médical. Il évalue votre équilibre, votre regard, votre marche, vos réactions aux mouvements. Ces observations orientent les exercices qu’il vous proposera. Et quand ses constatations ne collent pas avec le diagnostic initial, il le signale au médecin prescripteur. Ce va-et-vient entre bilan médical et bilan fonctionnel améliore la précision de la prise en charge.
L’orthoptiste : l’oeil et l’équilibre
Les exercices de stabilisation du regard font le lien entre ces deux spécialités. Quand des troubles visuels participent au déséquilibre, comme un trouble de la convergence ou une instabilité du regard, l’orthoptiste peut intervenir en complément du kinésithérapeute vestibulaire. Les deux approches se complètent, surtout chez les patients qui présentent une dépendance visuelle marquée.
L’ophtalmologue : vérifier la vision elle-même
On y pense moins souvent, mais un problème de vue non corrigé ou mal corrigé peut aggraver une instabilité vestibulaire. Des lunettes inadaptées, un changement récent de correction, des verres progressifs mal ajustés : tout cela perturbe les informations visuelles que le cerveau utilise pour l’équilibre. Un bilan ophtalmologique fait partie du bilan global chez les patients vertigineux, surtout quand la dépendance visuelle est forte.
Le psychologue : quand les vertiges pèsent sur le moral
Le lien anxiété-vertiges justifie souvent cette prise en charge associée. Les troubles vestibulaires chroniques s’accompagnent souvent d’anxiété, parfois de dépression. L’accompagnement psychologique n’est pas contradictoire avec une cause organique des vertiges, les deux dimensions coexistent fréquemment [3]. Dans les vertiges fonctionnels (PPPD), la composante psychologique est centrale et mérite une prise en charge spécifique.
Consulter un psychologue ne veut pas dire que vos vertiges sont « dans votre tête ». Cela veut dire que vivre avec des vertiges chroniques est difficile et que vous méritez un accompagnement adapté. Quand faut-il y penser ? Quand l’anxiété liée aux vertiges vous empêche de sortir de chez vous, quand vous évitez de plus en plus de situations, quand le moral baisse durablement. Le kinésithérapeute vestibulaire repère souvent ces signes et peut vous orienter.
Le médecin traitant : la coordination
Le généraliste coordonne l’ensemble. Il oriente vers les spécialistes, prescrit la rééducation, suit l’évolution globale, prend en charge les comorbidités. Gardez-le informé des différentes consultations en lui transmettant les comptes-rendus.
Vous, au centre du parcours
Dans les faits, la coordination entre professionnels n’est pas toujours fluide. Les délais de rendez-vous, les comptes-rendus qui tardent, les spécialistes qui ne se connaissent pas entre eux. Tout cela crée parfois des trous dans le parcours de soins.
C’est là que votre rôle compte. Vous êtes la personne qui voit tous les professionnels. Vous portez l’information d’un cabinet à l’autre. Concrètement, gardez une pochette ou un dossier numérique avec tous vos comptes-rendus, résultats d’examens et bilans. Apportez-les à chaque consultation. Signalez quand un professionnel vous dit quelque chose qui contredit un autre avis. Ce n’est pas à vous de trancher, mais c’est à vous de faire remonter l’information.
Faire circuler l’information
La pluridisciplinarité fonctionne si les professionnels communiquent. Votre kinésithérapeute vestibulaire transmet généralement un bilan au médecin prescripteur. L’ORL adresse un compte-rendu au médecin traitant. Mais ces échanges ne sont pas systématiques, et certaines informations se perdent en chemin.
N’hésitez pas à poser des questions. « Est-ce que vous avez reçu le bilan de mon kiné ? » « Est-ce que je dois revoir l’ORL avant la prochaine séance ? » Ces questions simples font avancer votre prise en charge plus vite qu’un courrier oublié dans une pile.
⚠️ Avertissement important
Cette information est purement éducative et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Seul un examen clinique réalisé en présence d’un professionnel de santé permet d’établir un diagnostic précis et de proposer une prise en charge adaptée à votre situation personnelle. Ne modifiez jamais votre traitement sans avis médical.
Note importante : Ce site propose des informations éducatives rédigées par un kinésithérapeute spécialisé. Elles ne constituent pas un diagnostic ni un traitement. En cas de vertiges brutaux, de perte auditive soudaine ou de signes neurologiques (troubles de la parole, paralysie), appelez le 15 (SAMU) immédiatement.

