« J’ai des vertiges. » Derrière cette phrase simple se cachent des réalités très différentes. Ce que vous appelez vertige, votre voisin l’appelle peut-être étourdissement. Votre médecin, lui, a besoin de distinguer précisément ce que vous ressentez pour poser le bon diagnostic. Voici un petit lexique pour y voir plus clair.
Le vertige rotatoire
Le vertige au sens médical strict désigne une illusion de mouvement. Vous avez l’impression que la pièce tourne autour de vous, ou que vous-même êtes emporté dans un manège invisible. Cette sensation, souvent violente, s’accompagne fréquemment de nausées et parfois de vomissements. Elle dure de quelques secondes à plusieurs heures selon la cause.
Ce type de vertige traduit généralement un dysfonctionnement de l’oreille interne ou du nerf vestibulaire. Le vertige positionnel paroxystique bénin, la névrite vestibulaire et la maladie de Ménière en sont des exemples classiques. Le kinésithérapeute vestibulaire dispose de techniques spécifiques pour traiter chacune de ces affections.
Concrètement, un vertige rotatoire donne l’impression que le sol se dérobe ou que les murs tournent. Beaucoup de patients décrivent une sensation comparable au manège ou à ce qu’on ressent après avoir tourné sur soi-même plusieurs fois. C’est intense, déstabilisant, et ça ne passe pas juste en s’asseyant. Pendant la crise, le simple fait de bouger les yeux ou la tête peut aggraver la sensation. Rester immobile dans le noir, allongé sur le côté le moins gênant, soulage souvent.
L’étourdissement
L’étourdissement, lui, ne comporte pas cette dimension rotatoire. On le décrit plutôt comme une tête légère, une impression de flottement, parfois la sensation d’être sur le point de s’évanouir. Le monde ne tourne pas, mais quelque chose ne va pas.
Ses causes sont multiples et pas forcément vestibulaires : chute de tension en se levant, hypoglycémie, anémie, anxiété, effets secondaires médicamenteux. Le VPPB est la cause la plus fréquente de vertige rotatoire. Un bilan médical permet de démêler les origines possibles. Si une composante vestibulaire existe, le kinésithérapeute vestibulaire pourra intervenir.
Certains patients décrivent l’étourdissement comme un voile qui passe devant les yeux, ou une sensation de déconnexion avec leur propre corps. D’autres parlent de « tête dans du coton ». C’est désagréable mais généralement moins spectaculaire que le vertige rotatoire. L’étourdissement peut survenir ponctuellement, en se levant trop vite par exemple, ou s’installer de manière plus chronique. Dans ce dernier cas, il mérite une investigation médicale approfondie pour en identifier la cause.
L’instabilité
L’instabilité se manifeste différemment encore. Pas de rotation, pas de malaise, mais une difficulté à maintenir son équilibre. On tangue légèrement en marchant. On n’est pas sûr de ses appuis. On craint de tomber sans que rien de spectaculaire ne se produise.
Ce symptôme peut résulter d’une atteinte vestibulaire chronique, mais aussi de problèmes neurologiques, visuels ou proprioceptifs. Souvent, plusieurs facteurs s’additionnent, ce qui est fréquent avec l’âge. Le kinésithérapeute vestibulaire évalue l’ensemble de ces composantes pour proposer une rééducation adaptée.
L’instabilité est souvent le symptôme le plus sournois des trois. Contrairement au vertige rotatoire qui a un début et une fin, elle s’installe en continu. Les patients qui en souffrent adaptent leur façon de marcher sans s’en rendre compte : ils élargissent leur base d’appui, raccourcissent leurs pas, évitent de tourner la tête en marchant. Ces stratégies fonctionnent à court terme mais finissent par aggraver le problème, car le cerveau perd l’habitude de gérer les situations d’équilibre complexes. La rééducation vise justement à casser ce cercle vicieux en réexposant progressivement le système nerveux à des défis d’équilibre.
Quand consulter en urgence
La plupart des vertiges, étourdissements et instabilités ne sont pas dangereux. Ils sont désagréables, handicapants, mais pas graves. Certaines situations exigent cependant une consultation en urgence.
Appelez le 15 (SAMU) si un vertige s’accompagne de difficultés à parler, d’une faiblesse ou d’un engourdissement d’un côté du corps, de troubles de la vision, de maux de tête violents et inhabituels, ou de difficultés à marcher avec déviation systématique du même côté. Ces signes peuvent évoquer un problème neurologique qui nécessite une prise en charge immédiate.
Une perte d’audition brutale d’un côté, même sans vertige, justifie aussi une consultation rapide aux urgences ORL. Plus la prise en charge est précoce, meilleures sont les chances de récupération.
En dehors de ces situations d’urgence, un rendez-vous programmé chez votre médecin ou directement chez un ORL est la bonne démarche. Inutile de vous précipiter aux urgences pour un vertige positionnel bref qui se répète depuis quelques jours, même s’il est impressionnant.
Savoir décrire ses symptômes
Ces informations seront utiles lors de votre première séance de rééducation. Ces distinctions ne sont pas de la préciosité médicale. Elles orientent le diagnostic et donc le traitement. « Tout tourne quand je me couche du côté droit » et « je me sens instable en permanence » ne désignent pas du tout la même chose. Le premier tableau évoque un vertige positionnel ; le second, un déficit vestibulaire chronique ou une autre pathologie.
Avant votre consultation, essayez de noter quelques éléments. Depuis quand les symptômes sont-ils apparus ? Sont-ils permanents ou surviennent-ils par crises ? Qu’est-ce qui les déclenche, les mouvements de tête, le fait de se lever, certaines positions ? Combien de temps durent-ils, quelques secondes, quelques minutes, plusieurs heures ? S’accompagnent-ils de nausées, d’une baisse d’audition, de sifflements dans l’oreille ?
Votre kinésithérapeute vestibulaire saura de toute façon poser les bonnes questions, mais arriver avec une description claire fait gagner du temps à tout le monde, et vous rapproche d’une prise en charge efficace.
⚠️ Avertissement important
Cette information est purement éducative et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Seul un examen clinique réalisé en présence d’un professionnel de santé permet d’établir un diagnostic précis et de proposer une prise en charge adaptée à votre situation personnelle. Ne modifiez jamais votre traitement sans avis médical.
Note importante : Ce site propose des informations éducatives rédigées par un kinésithérapeute spécialisé. Elles ne constituent pas un diagnostic ni un traitement. En cas de vertiges brutaux, de perte auditive soudaine ou de signes neurologiques (troubles de la parole, paralysie), appelez le 15 (SAMU) immédiatement.

