vHIT Synapsys : où en est le système français ?

Les éléments abordés dans cet article ne représentent que quelques aspects de l’utilité du vHIT. Le vHIT est devenu un outil diagnostique majeur de l’exploration vestibulaire, permettant à la fois une analyse canalaire fine et un suivi objectif de la compensation, notamment via l’étude des saccades correctrices, avec un rôle indirect mais stratégique dans l’orientation thérapeutique.

Une innovation marseillaise pionnière

Le vHIT Synapsys occupe une place à part dans l’histoire de la vestibulométrie vidéo. Développé à Marseille dès 2006 par le Dr Erik Ulmer en collaboration avec le CNRS, il s’agit du premier système vHIT commercialisé, sept ans avant l’arrivée de l’ICS Impulse et de l’EyeSeeCam sur le marché.

Son architecture technique reste unique : au lieu de lunettes montées sur le patient, le Synapsys utilise une caméra infrarouge externe positionnée à 90-100 cm du visage. Cette conception « sans contact » était initialement un choix pragmatique pour améliorer le confort, mais elle s’est révélée être un avantage notable dans plusieurs domaines : la pédiatrie, la reproductibilité des mesures et la rapidité d’examen.

La contribution majeure : les normes pédiatriques

L’étude de Wiener-Vacher et Wiener publiée en 2017 dans Frontiers in Neurology représente une contribution scientifique majeure du système Synapsys [1]. Les auteurs ont testé 303 sujets, dont 274 enfants âgés de 2,6 mois à 15 ans, établissant ainsi les premières valeurs normatives mondiales du gain VOR pédiatrique.

Les résultats révèlent une maturation progressive du réflexe vestibulo-oculaire. À 1 an, le gain horizontal moyen atteint déjà 0.90 (intervalle 0.85-0.97), ce qui est remarquablement proche des valeurs adultes. À 3 ans, on observe 0.91 ; à 6 ans, 0.96. Les valeurs pleinement adultes (autour de 1.02) ne sont atteintes que vers 16 ans, avec un point d’inflexion notable à 6 ans.

Ce qui est cliniquement crucial ici, c’est que ces données ont été obtenues avec le système Synapsys — et uniquement avec lui. Aucune autre équipe n’a réussi à tester des nourrissons de 3 mois avec les systèmes à lunettes. En pratique, si vous devez évaluer le système vestibulaire d’un enfant de moins de 4 ans, le Synapsys est souvent le seul système permettant une exploration fiable en pratique courante.

La validation clinique : un accord diagnostique confirmé

Les données de validation du Synapsys proviennent principalement d’études comparatives avec les autres systèmes vHIT vidéo, un test exigeant de sa fiabilité clinique.

L’étude de van Dooren et collègues en 2020 a comparé les trois systèmes majeurs chez 46 patients avec vestibulopathie bilatérale confirmée selon les critères Bárány [2]. Le résultat essentiel : l’accord diagnostique atteint 83% entre les trois systèmes. Autrement dit, dans plus de 8 cas sur 10, les trois appareils aboutissent au même diagnostic — et les discordances concernent essentiellement les cas limites, près des seuils pathologiques.

Les gains absolus diffèrent entre systèmes, mais c’est un phénomène universel en vHIT : les gains ne sont pas comparables d’un appareil à l’autre. C’est pourquoi chaque système dispose de ses propres normes et seuils diagnostiques. Chez les sujets sains, l’étude de George et al. (2023) montre que le Synapsys produit un gain moyen de 0.97 — le plus proche de la valeur théorique de 1.0 selon sa méthode de calcul — sans que cela préjuge d’une meilleure validité physiologique —, devant l’ICS Impulse (0.94) et l’EyeSeeCam (1.15) [3].

Caractéristiques pratiques

Reproductibilité des mesures. Murnane et al. (2014) ont spécifiquement étudié la fiabilité test-retest du Synapsys sur 30 sujets sains [4]. Les résultats confirment une excellente reproductibilité : aucune différence significative entre les sessions de test pour les six canaux semi-circulaires. L’architecture sans lunettes du Synapsys y contribue directement : elle élimine une source majeure de variabilité inter-examinateur, à savoir le positionnement et le serrage des lunettes. Des études sur les systèmes à lunettes ont en effet montré que le placement du dispositif influence significativement les résultats, ce qui n’est tout simplement pas un facteur avec le Synapsys.

Attention : les gains ne sont pas comparables entre systèmes. Comme le démontre clairement l’étude de van Dooren et al. (2020), les valeurs absolues de gain diffèrent significativement entre l’ICS Impulse, l’EyeSeeCam et le Synapsys [2]. Il est donc impératif de ne jamais comparer les gains mesurés par deux systèmes différents, et d’utiliser les normes spécifiques à chaque appareil. Notre référentiel des valeurs normatives détaille les seuils à utiliser selon l’appareil.

Temps d’examen. L’étude de George et al. (2023) a objectivé un temps d’examen de 145 secondes pour un examinateur expert dans les conditions de cette étude, contre 391 secondes pour l’ICS Impulse et 471 secondes pour l’EyeSeeCam [3]. Pour un examinateur débutant, le temps atteint 253 secondes. La calibration automatique par reconnaissance faciale explique en grande partie ce gain de temps.

Facilité d’utilisation. L’absence de lunettes à positionner, ajuster et resserrer simplifie l’examen. Il n’y a pas de risque de glissement pendant les impulsions — l’un des artéfacts les plus fréquents avec les systèmes montés. La calibration est automatique. Pour le praticien, cela signifie moins de manipulations, moins de sources d’erreur, et un flux de travail plus fluide, particulièrement appréciable en pratique de cabinet.

Les limites à connaître

La fréquence d’échantillonnage de 100 Hz est la plus basse des trois systèmes majeurs (contre 220-250 Hz pour les concurrents). En théorie, cela pourrait affecter la détection des saccades rapides et la précision temporelle des mesures. En pratique, la fréquence reste suffisante pour analyser la dynamique du VOR et détecter les saccades cliniquement significatives, même si les saccades de très faible latence peuvent échapper à la détection. Le débat reste ouvert dans la littérature.

L’étude van Dooren signale également un taux plus élevé de données manquantes avec le Synapsys. Ce point est à mettre en balance avec l’absence totale de problème de glissement des lunettes — un artéfact fréquent avec les systèmes montés. En revanche, le Synapsys a ses propres contraintes techniques. Les versions antérieures présentaient une sensibilité aux conditions lumineuses et une profondeur de champ limitée (1-2 cm) imposant une distance patient-caméra très précise. La version 2024 a spécifiquement corrigé ces deux points : un filtre lumière du jour avancé et une profondeur de champ élargie à environ 10 cm réduisent significativement ces contraintes.

Enfin, la littérature scientifique reste plus limitée : environ 50 publications PubMed référençant le Synapsys, contre plus de 400 pour l’EyeSeeCam et plus de 500 pour l’ICS Impulse. Cela ne reflète pas nécessairement une moindre qualité, mais plutôt une moindre diffusion internationale du système.

Positionnement actuel et perspectives

Acquis par Inventis S.r.l. (Padoue, Italie) en 2020, le Synapsys poursuit son évolution. La version 2024, avec sa caméra USB 3.0 haute résolution (1456 × 1088 pixels) et la suppression des moteurs, marque une évolution technique significative. Le lancement officiel sur le marché américain est prévu pour juin 2025, ce qui pourrait élargir sa base d’utilisateurs et stimuler la recherche.

Deux configurations sont disponibles : le vHIT Basic (canaux horizontaux uniquement) et le vHIT Plus/Evolution (6 canaux).

Rappelons que le Synapsys, comme tout système vHIT, explore principalement les hautes fréquences du réflexe vestibulo-oculaire (3-7 Hz). Un résultat normal n’exclut pas une hypofonction aux basses fréquences — le bilan calorique et les VEMPs restent indispensables pour une évaluation vestibulaire complète.

Implications pour la pratique

Au final, comment positionner le Synapsys dans notre arsenal diagnostique ? Voici ma lecture des données disponibles :

En pédiatrie, il présente un avantage unique. Pour les enfants de moins de 4 ans, il est le seul système permettant une exploration fiable en pratique courante. L’étude Wiener-Vacher fournit des normes robustes pour interpréter les résultats, et l’architecture sans contact est bien tolérée même par les tout-petits.

Pour le dépistage rapide, il a des arguments. Si votre pratique implique un flux important de patients et que vous cherchez principalement à identifier les déficits francs, la rapidité d’examen est un avantage réel. L’accord diagnostique de 83% avec les autres systèmes suggère que les décisions cliniques seront les mêmes dans la grande majorité des cas.

Pour la recherche ou les publications, attention. La littérature plus limitée peut être un frein si vous avez besoin de comparer vos données aux études publiées ou de publier vous-même.

Ne comparez jamais les gains entre systèmes. C’est vrai pour tous les vHIT, mais particulièrement critique avec le Synapsys dont les valeurs absolues diffèrent significativement. Notre référentiel des valeurs normatives détaille les seuils à utiliser selon l’appareil.

Pour une comparaison point par point avec les autres systèmes, consultez notre comparatif des systèmes vHIT.

Références Bibliographiques:

[1] Wiener-Vacher SR, Wiener SI. Video head impulse tests with a remote camera system: normative values of semicircular canal vestibulo-ocular reflex gain in infants and children. Front Neurol. 2017;8:434. DOI: 10.3389/fneur.2017.00434

[2] van Dooren TS, Starkov D, Lucieer FMP, et al. Comparison of three video head impulse test systems for the diagnosis of bilateral vestibulopathy. J Neurol. 2020;267(11):3025-32. DOI: 10.1007/s00415-020-10060-w

[3] George M, Kolethekkat AA, Yoan P, Maire R. Video head impulse test: a comparison and analysis of three recording systems. Indian J Otolaryngol Head Neck Surg. 2023;75(1):60-66. DOI: 10.1007/s12070-022-03170-6

[4] Murnane OD, Mabrey H, Pearson A, Byrd S, Akin FW. Normative data and test-retest reliability of the SYNAPSYS video head impulse test. J Am Acad Audiol. 2014;25(3):244-52. DOI: 10.3766/jaaa.25.3.3

Les informations présentées dans cet article ont un but purement éducatif et informatif. Elles ne constituent ni un avis médical, ni une consultation, ni une prescription. Elles ne se substituent en aucun cas à une consultation auprès d'un professionnel de santé qualifié. Chaque situation médicale est unique et nécessite un examen clinique approprié. Toute décision concernant votre santé doit être prise en concertation avec votre médecin traitant.