Vos examens sont normaux, mais les vertiges ne passent pas. Depuis des semaines, voire des mois, vous ressentez une instabilité permanente, un déséquilibre diffus qui s’aggrave dans les environnements visuels complexes ou lorsque vous bougez. Ce tableau clinique porte un nom : le PPPD, pour Persistent Postural-Perceptual Dizziness (en français : étourdissements posturaux-perceptifs persistants).
Qu’est-ce que le PPPD ?
Le PPPD est un trouble vestibulaire fonctionnel chronique. Le terme « fonctionnel » est important : il ne signifie pas que les symptômes sont imaginaires, mais que le problème se situe dans le traitement de l’information sensorielle par le cerveau, et non dans une lésion structurelle de l’oreille interne ou du système nerveux.
En 2017, la Bárány Society (référence internationale en vestibulologie) a établi les critères diagnostiques officiels du PPPD, reconnus par l’Organisation Mondiale de la Santé dans la CIM-11 sous le code AB32.0 [1].
Les 5 critères diagnostiques
Pour poser le diagnostic de PPPD, les cinq critères suivants doivent être réunis [1] :
A. Symptômes présents la plupart des jours, depuis au moins 3 mois
Sensation d’instabilité, de déséquilibre ou de vertige non rotatoire, d’intensité variable mais quasi-quotidienne.
B. Aggravation par la posture debout
Les symptômes augmentent en position verticale (debout ou à la marche) et s’atténuent en position allongée.
C. Aggravation par les mouvements
Les mouvements actifs (marcher, tourner la tête) comme passifs (être passager en voiture) aggravent les symptômes.
D. Aggravation par les stimulations visuelles complexes
Les environnements à forte charge visuelle (grandes surfaces, foule, écrans, motifs répétitifs) provoquent une augmentation de l’instabilité.
E. Déclenché par un événement initial identifiable
Le PPPD débute après un événement ayant causé des vertiges aigus, une instabilité ou un déséquilibre (VPPB, névrite vestibulaire, maladie de Ménière, migraine vestibulaire, crise d’anxiété, traumatisme crânien).
Quelle est la fréquence du PPPD ?
Le PPPD représente une part significative des consultations pour vertiges chroniques. Une étude portant sur 198 patients suivis sur 5 ans a retrouvé des anomalies vestibulaires objectivables chez environ la moitié des cas, incluant des hypofonctions vestibulaires unilatérales et des dysfonctions otolithiques isolées [5].
Les facteurs déclencheurs les plus fréquents sont les troubles anxieux et la migraine vestibulaire [5]. Certaines données suggèrent qu’un patient sur quatre ayant présenté un épisode vestibulaire aigu (névrite, VPPB, Ménière) pourrait développer un PPPD par la suite.
Pourquoi les symptômes persistent-ils ?
Après un épisode vestibulaire aigu, le cerveau met en place des stratégies de compensation : il s’appuie davantage sur la vision et la proprioception pour maintenir l’équilibre. Chez la plupart des patients, ces stratégies se normalisent progressivement.
Dans le PPPD, ces adaptations persistent et deviennent contre-productives. Le cerveau reste en état d’alerte permanent :
- Dépendance visuelle excessive : le système visuel prend le dessus sur le vestibule pour le contrôle postural, ce qui explique l’aggravation dans les environnements visuels complexes.
- Hypervigilance posturale : les muscles se raidissent, la posture se fige, ce qui paradoxalement augmente l’instabilité.
- Boucle anxiété-vertige : l’anxiété amplifie l’attention portée aux sensations corporelles, ce qui amplifie les symptômes, ce qui augmente l’anxiété.
Comment traite-t-on le PPPD ?
La prise en charge du PPPD repose sur trois piliers complémentaires, dont l’efficacité a été évaluée dans plusieurs méta-analyses récentes [2, 3, 4].
1. La rééducation vestibulaire
Une méta-analyse de 2025 portant sur 8 études et 522 patients a montré que la rééducation vestibulaire améliore significativement les scores de handicap (DHI) chez les patients PPPD, avec une différence moyenne pondérée de 21,84 points par rapport aux groupes contrôles [2].
La rééducation vestibulaire personnalisée a montré une efficacité supérieure à la rééducation par réalité virtuelle seule [2]. Une seconde méta-analyse portant sur 6 essais cliniques et 131 participants a confirmé un effet modéré à large (Hedges’ g = 1,60) [3].
La rééducation du PPPD diffère de la rééducation vestibulaire classique. Elle cible spécifiquement :
- La réduction de la dépendance visuelle
- La désensibilisation progressive aux stimulations de mouvement
- Le travail de l’équilibre dans des environnements de difficulté croissante
- La reprise progressive des activités évitées
2. Les médicaments (ISRS)
Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) constituent le traitement médicamenteux de première intention du PPPD. Une méta-analyse de 2025 regroupant 12 études et 1 052 patients a montré une amélioration significative des scores DHI (différence : 8,42 points, IC 95% : 6,18-10,66) et des scores d’anxiété HAMA (différence : 3,57 points, IC 95% : 1,48-5,65) [4].
L’association ISRS et rééducation vestibulaire donne de meilleurs résultats que l’une ou l’autre approche isolée, avec une amélioration du DHI de 11,37 points (IC 95% : 8,27-14,47) [4].
Les molécules étudiées incluent la sertraline, l’escitalopram, le citalopram et la fluoxétine. Le traitement est prescrit par le médecin (généralement l’ORL ou le neurologue), à doses progressives, pour une durée minimale de plusieurs mois.
3. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
La TCC vise à briser le cercle anxiété-vertige en modifiant les comportements d’évitement et les pensées catastrophistes liées aux symptômes. Une étude sur 198 patients a montré des réductions significatives de l’anxiété et des mesures de vertige sur un suivi de 6 mois [5].
L’association TCC et ISRS améliore les résultats par rapport aux ISRS seuls, tant sur le handicap lié aux vertiges que sur l’anxiété et la dépression associées.
Peut-on guérir du PPPD ?
Le PPPD est un trouble chronique, mais son évolution n’est pas figée. Les données scientifiques actuelles montrent que la combinaison rééducation vestibulaire, traitement médicamenteux et prise en charge psychologique permet d’obtenir des améliorations significatives du handicap et de la qualité de vie [2, 3, 4].
La clé réside dans une approche globale et progressive. Il n’existe pas de traitement miracle en une séance, mais une prise en charge coordonnée et maintenue dans le temps donne des résultats mesurables.
Ce qu’il faut retenir
- Le PPPD est un diagnostic reconnu par la communauté scientifique internationale et l’OMS, et non un trouble « dans la tête »
- Des examens normaux ne signifient pas l’absence de problème : le PPPD est un trouble du traitement de l’information, pas une lésion
- La rééducation vestibulaire est efficace, en particulier lorsqu’elle est personnalisée et adaptée au PPPD
- L’approche combinée (rééducation + médicament + TCC) donne les meilleurs résultats
- Le temps et la régularité sont vos meilleurs alliés dans la prise en charge
Références
- Staab JP, Eckhardt-Henn A, Horii A, et al. Diagnostic criteria for persistent postural-perceptual dizziness (PPPD): Consensus document of the committee for the Classification of Vestibular Disorders of the Bárány Society. J Vestib Res. 2017;27(4):191-208. doi:10.3233/VES-170622. PubMed
- Li Y, Pei X, Ding R, et al. Effect of vestibular rehabilitation therapy in patients with persistent postural perceptual dizziness: a systematic review and meta-analysis. Front Neurol. 2025. doi:10.3389/fneur.2025.1599201. PMC
- Piatti D, De Angelis S, Paolocci G, et al. The Role of Vestibular Physical Therapy in Managing Persistent Postural-Perceptual Dizziness: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Clin Med. 2025;14(15):5524. doi:10.3390/jcm14155524. PMC
- Zheng Y, Guo Z, Liu X, et al. Effect of conservative therapy for persistent postural-perceptual dizziness: a systematic review and meta-analysis. Front Psychiatry. 2025. doi:10.3389/fpsyt.2025.1676218. PMC
- Waterston J, Chen L, Mahony K, et al. Persistent Postural-Perceptual Dizziness: Precipitating Conditions, Co-morbidities and Treatment With Cognitive Behavioral Therapy. Front Neurol. 2021;12:795516. doi:10.3389/fneur.2021.795516. PubMed

